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Le projet Terra a légèrement réorienté son cap : il ne s’agira plus d’une biennale, mais d’une triennale.

Plusieurs raisons motivent cette évolution :
– attendre la mise en place du nouveau conseil d’administration à l’issue des élections
– accorder davantage de temps et d’attention à la collaboration ainsi qu’à l’implication des habitants
– éviter la période de forte chaleur estivale et favoriser la coopération avec les enfants et les écoles de Bages.

L’accent demeure porté sur les quatre galeries de Bages et sur le projet collectif, dans le cadre d’une organisation menée par ArtBages, avec le soutien de la mairie de Bages.

Les artistes du village participeront à nouveau à cette triennale.

MANIFESTE TERRA

TERRA.
Deux syllabes anciennes, riches de sédiments et de mémoires. Elles désignent à la fois le sol, le corps, la matière du monde et la condition de toute vie. Un mot qui nous précède, qui parle avant nous, comme un souffle d’origine,
comme la pulsation d’un monde que nous avons cru pouvoir quitter.

1. La Terre abstraite

Depuis plusieurs siècles, nous avons transformé la Terre en abstraction.
Elle est devenue cartes, données, ressource, capitaux, fichiers.
Ce que nous appelions autrefois monde s’est dissous dans le langage des chiffres et des flux.

Le sol n’est plus qu’une ressource,
le vivant une statistique,
l’air un chiffre d’affaires.

Mais TERRA n’a jamais signé ce contrat.
Elle persiste en dessous — respirante, mouvante, indocile.
Elle se souvient, dans la lenteur,
de ce que nous avons oublié :
l’interdépendance, la fragilité, le lien.

Après les feux dévastateurs dans les Corbières, la terre reprend.
Sous la cendre, les graines patientent, les racines reprennent souffle,
et la vie recommence son travail obscur.
TERRA se relève, silencieuse, inépuisable.

2. L’art au sol

Revenir à TERRA,
c’est refuser l’amnésie du sol.
C’est reconnaître que nous n’habitons pas une planète abstraite,
mais un corps vivant dont nous sommes les prolongements.

L’art, ici, retrouve une fonction essentielle.
Il ne représente plus le monde :
il en réactive la présence.

Il refuse la séparation
entre le geste et la matière,
entre le politique et le poétique.

L’art se fait terrain d’écoute, de soin, de résistance.
Chaque œuvre devient une tentative d’ancrage,
une manière de rétablir la gravité,
de réapprendre le contact et l’ attention.

 3. La Terre enfouie

Sous la surface, TERRA demeure une archive silencieuse. Elle est une couverture de temps, une épaisseur où s’accumulent les traces, les corps, les ruines et les commencements. Rien ne disparaît totalement : tout s’enfouit, se transforme, se compacte en strates invisibles. Ce que nous appelons présent repose sur cette profondeur obscure.

Chaque pas effleure des existences passées. Chaque fondation s’ancre dans une mémoire antérieure. La terre conserve sans témoigner, protège sans révéler entièrement. Elle est le lieu où le passé ne cesse pas d’être, mais change d’état.

Enfouir n’est pas effacer. C’est confier au temps. C’est permettre la transformation lente, la maturation invisible. Les civilisations disparaissent en surface, mais persistent dans la densité du sol. TERRA devient ainsi une peau épaisse, un manteau de mémoire qui soutient le monde visible.

Créer, dès lors, n’est pas seulement faire apparaître. C’est aussi entrer en relation avec ce qui est déjà là, avec ce qui précède toute forme. C’est travailler avec la profondeur, avec la résistance, avec la présence silencieuse de ce qui demeure.

Car TERRA n’est pas seulement ce sur quoi nous marchons.
Elle est ce qui nous porte, ce qui nous précède, et ce qui, un jour, nous accueillera de nouveau.

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